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mardi, 01 février 2011

IRC est mort, vive IRC !

Dans les années 90, on a cru que seuls les glandeurs en pyjama, les déserteurs de l’hygiène corporelle et les gens très laids bénissaient IRC, programme leur permettant enfin d’avoir une vie sociale sans jamais sortir de chez eux. Deux décennies plus tard, IRC pourrait pourtant (re)devenir the next big thing. Un retour aux sources est-il envisageable ?

Section 1 : IRC, une référence dans l’Internet Médiéval.

gangsta.jpg1.1. – Historique

Eté 1988. Jarkko Oikarinen, étudiant finlandais, s’ennuie comme une taupe atteinte de Xeroderma Pigmentosum au fin fond du Département Informatique de l’Université de Oulu. Il décide d’améliorer un programme de chat déjà existant, MUT (MultiUser Task), et lance le premier serveur IRC à la fin du mois d’août. Un an plus tard, IRC compte déjà 40 serveurs. Il y en aurait aujourd’hui plus de 1500. mIRC, le célèbre logiciel client créé pour faciliter la connexion aux serveurs, a quant à lui été lancé par Khaled Mardam-Bey en 1994. A partir de là, de nombreux spécialistes considèrent que l’on entre dans l’âge d’or d’IRC.

Les autres détails techniques n’intéresseront probablement pas tout le monde, je renvoie donc aux notes de bas de page si vous souhaitez approfondir le sujet (1) (2).

IRC a été à la base de la diffusion à grande échelle des séries télés (et surtout des fansubs), avant même les débuts du p2p. C’est également sur IRC que sont nés les fameux salons de discussions privés et ultra secrets où les hackers se retrouvaient. Autrement dit, il s’agissait d’une zone de non-droit où les gens avaient la liberté d’un Hell’s Angel sous caféine, une sorte de cave underground où la révolution se préparait.

evolution.jpg1.2. – Le déclin d’IRC

Le multi-user chat fut avant tout victime de sa propre flexibilité : sans utilisation définie, ni serveur ou même logiciel client unique, et sans fonction « recherche d’un ami », IRC a perdu la plupart des internautes lambda à qui on avait vendu Internet comme un outil pratique et utile. Parler à des inconnus, pourquoi faire ? Même Chatroulette, avec sa multitude de tétons et de pénis d’inconnus, a fini dans les méandres de l’Internet Mondial passé l’effet de mode. De la même façon que personne n’aime arriver à une soirée où tout le monde se connaît et est bourré comme un coing, passé 2002, aucun nouvel abonné n’a jugé bon de se mettre à IRC. Souscrire à un FAI apparaissait surtout comme un moyen de retrouver ses anciens copains de classe ou de communiquer avec ses amis « de la vraie vie » (IRL, pour les puristes)

Rester connecté un peu trop longtemps est encore susceptible de vous classer dans la catégorie «nolife» (nous y reviendrons au cours du semestre).

La popularité d’IRC a donc largement décliné au profit de messageries instantanées. Car aussi mignon que puisse être un ASCII-art, rien ne sera jamais plus mignon qu’une énorme bouche qui grandit en un clin d’œil pour vous embrasser virtuellement. N’importe quel autre chat (ICQ, Caramail, MSN, AIM, Facebook, Gtalk…) s’est de suite caractérisé par son accessibilité. Avec son apparence austère (des fenêtres difficilement personnalisables, une police par défaut étrange sur mIRC - « Fixedsys » -, un fonctionnement peu intuitif…), IRC n’a pu rivaliser. Twitter, quant à lui, a pris le relai des messageries instantanées, rendant les échanges moins insouciants et plus réfléchis, car plus visibles.

Résultat : seuls les internautes hardcore – souvent informaticiens d’ailleurs - semblent avoir fait de la résistance. Peu importe le serveur où l’on se trouve, les pseudos présents sur les channels se comptent parfois sur les doigts d’une main.

online_communities_small.pngSection 2 : IRC, une valeur sûre

2.1. Un lubrifiant social

Combien d’amitiés éthyliques et de relations sexuelles sont nées grâce à IRC? Meetic n’a rien inventé, sinon un nom déprimant comme une météo de février. En ce sens, et parce que le chat existe toujours 20 ans après, ses chances de devenir intemporel sont plus importantes que celles de n’importe quel autre chat. IRC était le PMU de l’Internet où on s’amusait à échanger des liens et des fichiers et à discuter de tout et de rien: pas besoin d’invitation, ni d’adresse mail, tout le monde y était le bienvenu tant qu’on se tenait bien (4) et qu’on ne posait pas en défenseur pisse-froid de la netiquette.

Des communautés finirent par se créer, on se balança des potins (« tu savais que rage33 avait un anus artificiel ?») dans les fenêtres privées… On pouvait communiquer en direct et sans restriction. Car si Twitter a supplanté IRC, on en a vite vu les limites (140 caractères maximum, profils privés, flood dans la timeline, messages privés qui ne s’affichent pas etc.)

2.2. Un outil anarchiste

Si Internet fut une révolution en soi, c’est parce qu’il reposait sur des principes anarchistes: pas de système hiérarchique, donc pas d’autorité ni de domination, et un recours à l’autogestion. IRC en est le symbole : l’anonymat pouvait y être total (un pseudo, pas de profil, pas de bio pompeuse ni de lien vers linkedin), et il n’y avait aucune course à la popularité (pas de nombre d’amis / followers, pas de stats). Aucune micro-célébrité mais à peine quelques OP, ancêtres des modos sur les forums. Tout le monde était sur un pied d’égalité, en somme.

Alors non seulement un retour aux basiques et donc à IRC est envisageable, mais il peut être chaudement recommandé. Pas pour son côté old-school, mais bien parce qu’il nous rappelle que nous avons le pouvoir.

--

(1) Histoire d'IRC, par Daniel Stenberg.

(2) Internet Relay Chat, commandes et définition sur Wikipedia.

(3) Online communities map, sur xkcd.

(4) Netiquette guidelines, octobre 1995.

18:28 Publié dans Internet Médiéval (1992-1999) | Lien permanent | Commentaires (53) | |  Facebook

jeudi, 13 janvier 2011

Epreuve n°1 : le méga-smiley

Sujet : A l'époque d'IRC et ICQ, les internautes avaient pour habitude de manifester leurs émotions en utilisant le smiley à rallonge. Pensez-vous qu'un retour soit possible ?

 

joie.jpg

fig.1 : joie extrême due à une résolution de bug informatique, soulagement en voyant le téléchargement du mp3 complété à 100% sans plantage de Windows 95, félicité générale, rires.

 

pasjoie.jpg
fig.2 : déception, bug informatique, touche parenthèse ouverte bloquée, tristesse.




Vous avez jusqu'au prochain article pour répondre.

10:44 Publié dans Internet Médiéval (1992-1999) | Lien permanent | Commentaires (40) | |  Facebook

vendredi, 07 janvier 2011

Le site Space Jam, un vestige de 1996

En procédant à des fouilles archéologiques, certains internautes américains ont découvert sur le site historique de la WarnerBros une page web 0.1 consacrée au film Space Jam, et toujours en ligne depuis 1996.

 

spacejam.jpg

fig. 1 : la page d'accueil du site promotionnel consacré à Space Jam

Pour rappel - ou ceux qui n'étaient que des mouflets en bas âge à l'époque - Space Jam, c'est ça :

 

En 1996, Shaquille O'Neal remporte la médaille d'or de Basketball avec son équipe lors des J.O. d'Atlanta mais tout le monde s'en fout, le public, ce qu'il veut, c'est revoir un film d'animation à la Roger Rabbit (1988) et Bill Fucking Murray.

Les studios engagent donc la star internationale du Basket Michael Jordan et le présentent à Bugs Bunny (qui, d'après son autobiographie La Vie de Bugs Bunny, par Bugs Bunny ne connaissait pas Michael Jordan avant ça, parce qu'il avait autre chose à faire de ses journées, comme errer dans les quartiers chauds de Los Angeles pour trouver de la came). S'en suit une campagne promotionnelle de grande envergure avec l'aide d'un webmaster de 16 ans payé en pop-corn.

 

police.jpg

fig. 2 : Police par défaut Times New Roman

La fig. 2 nous montre qu'à l'époque, le CSS (= feuilles de style permettant de gérer la présentation d'une page web) n'était pas en vigueur comme maintenant. La police par défaut de votre navigateur web (pendant l'Internet Médiéval, il s'agissait principalement de Netscape) pouvait alors donner un aspect plus brut qu'aujourd'hui.

 

frame.jpg

fig. 3 : exemple de frames

Les frames - "cadres" en français - qui étaient alors la norme (comme celle-ci, incroyablement préservée) nous montrent que les souris des années 1990 étaient constamment sollicitées pour faire glisser des barres de défilement (ici, de haut en bas).

Les pages web 0.1 aussi bien conservées que celle de Space Jam sont rares. De nos jours, on en compterait à peine une dizaine réparties sur l'ensemble des continents.

10:18 Publié dans Internet Médiéval (1992-1999) | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

 
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