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jeudi, 24 février 2011

De la signification de la webstar

Voici de quoi nous n’allons pas parler : nous n’allons pas parler des gens qui entretiennent un succès préexistant grâce à Internet (ex : feu Gary Coleman, la femme d’Ice T), ni des personnalités qui s’auto-qualifient de «blogueur pro», ni du vieux serveur web pour Mac OS. Nous ne parlerons pas non plus des cocktails indonésiens du même nom fait à partir de rhum de mauvaise qualité (vendredi soir, si tu me lis, sache que je te conspue).

I – Le statut incertain de la webstar

Je n'ai pas de chapeau à introduire ici.

A – Une définition absconse

Qu’est-ce qu’une webstar ? A priori tout le monde peut appréhender le terme : il s’agit d’une personne connue sur le web et grâce au web. Mais si en théorie il peut s’appliquer à toute personne oeuvrant sur Internet, l’acception désigne avant tout les blogueurs – tous genres confondus (BD, mode, jeux video, etc.). La webstar est, à l’origine, une personne qui va partager sa sensibilité et son savoir sur Internet, et qui va en tirer une certaine renommée.

C’est là que ça devient complexe : à partir de quand le statut de star est-il établi avec certitude ? Comment mesure-t-on la célébrité d’une personne ? Quels sont les éléments déterminants ? 200, 2000 ou 40 000 visiteurs uniques / jour ? Même si c'était le cas, comment le savoir ? L’expérience montre que le nombre de commentaires n’a aucun rapport avec le nombre de visiteurs (le blogueur peut en effet répondre à chacun, faisant alors gonfler le nombre global de commentaires) et que le nombre d’invitations aux soirées sponso est un indice d'influence peu fiable.

Un test facilement réalisable chez vous : prenez une personne de votre entourage, n’importe laquelle, et faites lui une liste de 10 personnes que vous considérez comme «webstars» : au final, combien en connait-elle? Dans la majorité des cas, la webstar est l’équivalent de ce groupe de rock indé au nom obscur que Pitchfork vous vend comme un groupe culte. Le terme de micro-célébrité est peut-être plus adapté... Présentons les choses autrement: ici bas, nous sommes tous la webstar de quelqu'un. Voici la mienne:

 

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Attribuer à un individu le statut de webstar, cela revient à dire que n'importe quel second rôle de Battlestar Galactica est une star parce que la série TV a occupé toutes vos soirées depuis juillet. Le statut de webstar est relatif: à chaque nébuleuse son système de valeurs et de représentations, et donc à chaque communauté sa webstar. L’aspect communautaire est primordial: la webstar, en se rapprochant de nos centres d'intérêts et préoccupations, nous fait nous sentir moins seuls.

B – Une personnalité floue

Si l’identité de la webstar est connue, sa véritable personnalité échappe en réalité à la plupart de ses fans. Dès lors qu’elle se verra conférer ledit statut, un rôle particulier lui sera assigné. L’importance de sa présence sur le web est validée tant qu’elle est encadrée et qu’elle répond à des normes implicites. Ce qui signifie qu’à l’instant où la webstar agira de façon surprenante et inattendue, une partie de ses adeptes seront déçus. Etre déçu par une micro-célébrité est alors – comme pour toutes les célébrités – monnaie courante puisqu’elle est souvent enfermée dans un schéma imaginaire.

C’est une situation fichtrement moche.

La seule certitude que nous avons est que la (web)star est un humain. Comme tous les humains, sa personnalité n’est pas figée: un personne réelle change, s’adapte, se construit, elle revient sur ce qu’elle a dit ou essaye différentes choses au cours de son existence. Ca ne relève pas d’une quelconque préméditation, ni d’une volonté consciente. Par exemple, j’en veux à Luc Besson d’avoir contribué, avec sa boîte de productions, au patrimoine français des navets (= évolution de la personnalité absente), mais pas d’avoir réalisé le film d’animation Arthur et les minimoys (= possibilité d’évolution). De la même façon, j’en veux aux webstars de vendre leur espace de liberté et de créativité en pondant des billets sponsorisés (= absence d’évolution de la personnalité) mais je n’en veux pas aux webstars de changer leur ligne éditoriale (= renouveau). On peut regretter « la bonne époque » ou trouver ça dommage, mais en vouloir à l’individu, c’est s’interdire soi-même tout changement ou toute variation de style. Qui voudrait s’imposer ça? Personne ne voudrait s’imposer ça.

« Les cultures tout comme les personnalités sont des continuums qui ne cessent de changer et qui, comme telles, se développent, constituent de nouveaux modèles de réponse et éliminent les anciens selon des processus qui leur sont propres » disait Ralph Linton (Le fondement culturel de la personnalité, p 108, éd. Dunod). Est-ce que le vieux briscard essayerait de nous dire que la webstar est alors vouée à disparaître?

II – Un mythe créé de toutes pièces

On savait déjà que LonelyGirl15 était une jolie invention marketing aussi authentique qu’une chanson de Plastic Bertrand. Mais peu importe sa raison d'être: la webstar est toujours une pure création de l’esprit.

A – Une histoire humaine

Nous venons de le voir, définir la webstar est un processus pénible comme un discours de dictateur. Ce que nous pouvons dire avec quasi-certitude en revanche, c’est que nombreuses sont les webstars qui ont construit leur empire sur l’art du récit (1). La popularité d’un blogueur, bédé, mode ou autres, va se créer en fonction de sa capacité à raconter sa propre histoire, à faire de son quotidien morne une épopée fantastique. Un tel feuilleton va captiver le lecteur pour plusieurs raisons.

RAISON N°1 : LE REVE

Edgar Morin, dans son livre Le Cinéma ou l’Homme Imaginaire, écrivait que dans les salles de cinéma, le public, comme pris d’hallucinations, se projetait sur l’écran et se laissait transporter dans le corps des stars. Le processus est le même sur Internet. Les vieux réac’ persuadés que la modernité allait nous éloigner du monde des rêves auraient donc mieux fait d’écrire de nouvelles bibles. La webstar participe à la mémoire et à la création et en ce sens, ses productions sont les vecteurs de nos rêves. Poésie.

RAISON N°2 : L’IDENTIFICATION

A tous ceux qui reprochent aux webstars d’être nombrilistes du fait de la mise en scène de leur propre existence: le nombriliste, c’est vous. Quand Thom Yorke de Radiohead chante «I wish I was special, so fucking special, but I’m a creep, I’m a weirdo ; what the hell I am doing here, I don’t belong here » et bla bla, tout le monde est d’accord pour dire qu’il parle à notre moi dépressif. Est-ce que pour autant, les gens veulent déchiqueter la jugulaire de Thom Yorke parce qu’il geint sur sa condition? Non, TOUT LE MONDE CRIE AU GENIE. Et la webstar est comme n'importe quelle tête d'affiche: elle renvoie au public une image de lui-même.

B – La recherche d’idoles

D’après Henri Bergson, l’Univers serait une machine à faire des Dieux. Bon, il n’a pas été le seul à émettre cette idée, mais c’est lui qui l’a le mieux exprimée. L’homme a besoin de sacré, de mythes, et d’idoles. Les raisons divergent entre Max Weber, Emile Durkheim et Danièle Hervieu-Léger (2), mais ce n’est pas ce qui nous importe ici. Ce qui nous importe ici, c’est de savoir comment cette idéalisation va être perçue, aussi bien du côté de la webstar que du côté du spectateur.

RISQUE N°1 : LE PERSONAL BRANDING

La webstar se prend vraiment pour une webstar (elle reçoit deux mails par semaine), ouvre sa page de fans sur Facebook, name-droppe à tour de bras, et devient l’esclave de sa pseudo-célébrité. Elle se considère comme sa propre marque et parce qu'elle a bien compris que son public sur Internet était extensible, elle va se vendre sans relâche. C'est ce qu'on appelle le personal branding. A lire absolument pour approfondir le sujet : une journée avec Sam Vedette.

RISQUE N°2 : LE SYNDROME « AMERICAN DREAM ON THE INTERNETS »

Le spectateur, quant à lui, peut nourrir le désir d’être un jour lui-même une webstar. En voyant quotidiennement des individus next-door réussir sur Internet, il est en droit d’espérer être reconnu à son tour. Nous nous sommes faits une raison : jamais nous ne deviendront les prochaines stars du top 50, et jamais nous habiterons Hollywood. Mais il nous reste un espoir: nous sommes tous des webstars potentielles.

 

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La webstar répond donc à un besoin de l'internaute. En entrant régulièrement en contact avec ses fidèles, une habitude se crée. Ce qui explique probablement pourquoi, même si on n'aime plus la webstar, on se surprend à toujours aller voir ce qu'elle fait - comportement semblable à celui que nous adoptons vis-à-vis de la série How I Met Your Mother.

Et c'est pour toutes ces raisons que la webstar, aussi obscure & intangible soit-elle, est condamnée à exister. Voilà.

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(1) Storytelling saison 1 : Chroniques du monde contemporain, par Christian Salmon, éd. Les Prairies Ordinaires.

(2) Elvis est vivant ! de Gabriel Sergé, éd. Les Cahiers du Rock

12:21 Publié dans Théorie de l'Internet | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook

jeudi, 17 février 2011

Internet, défibrillateur de has-been

La plupart des gens s’imaginent que la nuit tombée, je suis du genre à alpaguer les filles de joie dans la rue, un seau de poulet frit sous le bras et hurlant des insanités vaudou aux passants qui me regardent d’un air circonspect. J’aimerais bien, mais la triste vérité est qu’il n’y a pas de KFC à proximité de chez moi.

A la place, et c’est peut-être plus triste encore, je fais comme vous, je regarde la télévision en me grattant le postérieur atteint d’eczéma. C’est comme ça que l’autre jour, je suis tombée sur le reportage Prêts à jeter sur Arte (1), consacré à l’obsolescence programmée. Le constat est le suivant : qu’il s’agisse de bas nylon ou des imprimantes, tout ce qui peuple notre quotidien est voué à disparaître, dans le but d’être racheté et/ou remplacé. Les objets sont programmés pour ça.

Mais les objets sont-ils les seules victimes de la société de consommation ? L’obsolescence programmée peut aussi s’appliquer aux petites célébrités. Au bout de 5000 épisodes, d’un ou deux tubes FM ou de trois-quatre blockbusters, les stars tombent progressivement dans l’oubli. Ego souffreteux, mauvais gin et pilules deviennent les béquilles de nombreux has-been. Jusqu’à ce qu’un jour, une chose incroyable arrive : L’INTERNET.

I – Un système de courbe inversée au service des internautes

A – Cas célèbres

Créée par le journaliste James Ulmer, l’échelle d’Ulmer classe en plusieurs listes (A, B et C) la popularité et l’influence du tout Hollywood en fonction de leurs succès divers, l’état de leur compte en banque, leur capacité à promouvoir leur travail etc. Le système de courbe inversée permet à ceux qui se trouvent au plus bas de l’échelle (dits has-been) de passer de l’indifférence à la coolitude. Aucune gloire n’est inéluctablement destinée à être éphémère.

Le réalisateur Quentin Tarantino est par exemple connu pour être un spécialiste de la courbe inversée en replaçant sur le devant de la scène des acteurs et actrices qui appartenaient à la C-list, voire à la D-list (2) - le plus connu étant John Travolta pour le film Pulp Fiction.

Sur Internet, le cas le plus célèbre est peut-être Rick Astley.

 

En 1987, le britannique Rick Astley sort son single « Never Gonna Give You Up », qui se retrouve numéro 1 des charts. S’en suivent alors quelques jolis succès, avant qu’il ne décide de prendre sa retraite en 1993. L’année suivante, il fait les chœurs sur la bande originale du film Le Roi Lion, avant de disparaître. Jusqu’à ce jour de 2007, où un membre de 4chan décide de faire une blague en postant un soi-disant trailer du jeu vidéo Grand Theft Auto IV, qui renvoie en réalité sur le clip-vidéo de la chanson de Rick Astley. Un nouveau terme né («se faire rickroller») et le reste de 2007 devient une succession de 1er avril.

En 2008, l’engouement est tel que Rick Astley interprète Never Gonne Give You Up en personne lors de la parade de Thanksgiving du magasin Macy’s à New-York.

 

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Si vous demandez à n’importe qui dans la file d’attente du ciné, quel acteur est le plus malheureux, une personne sur trois vous répondra Keanu Reeves. L’acteur de Speed et de Matrix n’est pas tout-à-fait un has-been, mais ça fait des années que personne n’a entendu parler de lui. En juin 2010, Keanu mange un sandwich, peinard sur un banc, quand un photographe de l’agence Splash News caché derrière les fourrés immortalise ce moment. Soudain, la foule s’enflamme: comment avait-on pu oublier Keanu? Il est si triste! (en réalité, seul Jake Gyllenhaal après 4 redbulls peut être hystérique quand il mange son sandwich). Le bonheur de Keanu Reeves est devenu une cause nationale, et c'est tout juste si on n'organise pas des marathons pour Happy Keanu.

De la même façon, David Hasselhoff, qui courait poitrail au vent dans Alerte à Malibu, a défrayé la chronique quand sa fille a posté une vidéo sur YouTube de lui ivre mort et mangeant un mcdo. Des internautes ont voulu aider l’ex star du petit écran en lui faisant tourner dans des publicités où il affirme être le «Roi d’Internet». Depuis, The Hoff est devenu humoriste hasselhoffien, en pratiquant l’autodérision à foison.

 

En mars 2010, Betty White, que l’on n’avait pas vu depuis Les Craquantes, présente une émission du Saturday Night Live. Comment ce comeback a-t-il pu avoir lieu? Grâce à Facebook. Après avoir joué dans une pub pour une barre chocolatée diffusée lors du SuperBowl, près de 500 000 membres du réseau social se sont inscrits au groupe «pour que Betty White présente le SNL». NBC a entendu leur appel, et depuis Mamie White enchaîne les apparitions sur les plateaux télé.

B – La motivation des internautes

Alors que les starlettes se multiplient et que la presse people consacre ses pages au moindre zozo qui a eu ses quinze minutes de célébrité, «repopulariser» le has-been est un retour aux sources non négligeable. Mais pas seulement. Personne né après 1985 ne se souvient de Rick Astley. Le remettre au goût du jour est une façon de partager la culture mainstream d’une génération A avec la génération B ou C. Le rire devient intergénérationnel, ce qu’on n’avait plus cru possible depuis l’arrêt de Sacrées Soirées. Plutôt cool, uh ?

Mais est-ce que sans l’ironie, terreau d’Internet, ces has-been auraient pu espérer refaire la Une des médias? Plusieurs films de série Z ont ainsi été connus du grand public grâce à Internet et à sa faculté d’ériger en phénomène tout visuel kitsch. Ce fut le cas de Mega Shark VS Giant Octopus, et surtout de Snakes On A Plane avec Samuel L. Jackson.

Sans l’aide du second degré donc, Internet serait bien trop prévisible. Mais alors, comment sont choisis les élus?

II – Internet, un coffre à souvenirs.

A- Le défibrillateur de has-been soumis à la théorie de la boîte de chocolat

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Cette théorie, énoncée en 1994 par la mère de Forrest Gump dans le film de Robert Zemeckis, est la suivante : «la vie, c'est comme une boîte de chocolat : on ne sait jamais sur quoi on va tomber». De la même façon que nous ne savons pas - au vu des connaissances actuelles - ce qui fait qu’un mème devient mème, nous ne savons pas précisément ce qui fait qu’aujourd’hui, une personne plus qu’une autre va être tirée des entrailles de l’enfer has-been pour retrouver une certaine popularité sur Internet. C’est une véritable pêche surprise.

Car l’effet de surprise est important. C’est parce qu’on ne s’y attendait pas que la personnalité has-been est accueillie à bras ouverts par les internautes. Deux choses doivent être distinguées :

a) Vous devez pouvoir vous dire «oh wow, j’avais complètement oublié cette chanson / cet acteur de film-catastrophe / cette ancienne pin-up devenue actrice de sitcom». Imprévu et nostalgie vont de pair. Il y a une reconnaissance collective du statut d’has-been, mais teintée d’un certain refus de voir ce statut se perpétuer.

b) Dans un système de star-system très bien pensé et organisé, l’imprévu tend à se raréfier (3). C’est donc un retournement de situation opéré par les internautes. Souvenez-vous, quand votre instit vous disait que vous n’arriverait à rien… et bien, la pauvrette avait tout faux et est probablement en train de nourrir ses 155 chats à l’heure qu’il est. Vous pouvez décider qui pourra être populaires à nouveau. VOUS ETES QUENTIN TARANTINO. VOUS ETES DIEU.

Une autre explication peut se trouver du côté du has-been: c’est parce qu’il a été discret pendant un certain laps de temps, parce qu’il n’a pas cherché en vain à maintenir sa célébrité - notamment en multipliant les émissions de télé-réalité, les interviews pathétiques ou les sex-tapes – que le public va penser à le faire renaître de ses cendres.

B- Le défibrillateur de has-been : nuances & précisions

a) Des conséquences relatives

Le succès des has-been est toutefois à nuancer. Ces personnalités, ex-machines à fantasmes pour adolescentes en rut, finissent avant tout par devenir des stars de la contre-culture. Parce qu’elles sont sources de private jokes entre internautes, lesdites célébrités ne quittent pas la sphère de l’underground et ne feront jamais partie que d’Internet (ce qui est déjà beaucoup).

b) Une question néthique

Néthique, n.f. : néologisme désignant les interrogations d’ordre philosophique et moral sur Internet.

Faut-il parler de reconnaissance ou de droit à l’oubli bafoué ? Si certains artistes rêvent de faire à nouveau parler d’eux, en est-il de même pour Keanu Reeves, par exemple ? Parce qu’Internet peut justement extraire les souvenirs de l’ensemble de la population, n’importe qui est susceptible d’être à nouveau célèbre malgré lui (4). A l’inverse, d’autres people qui ont mal vieilli peuvent décider du jour au lendemain de faire n’importe quoi pour regagner leurs heures de gloire sur le web (ex: Dustin Diamond et son film porno).

Alors, qui seront les prochains has-been à faire leur comeback? Erik Estrada? MC Hammer (qui a déjà une page FB «I hate it when you’re with MC Hammer and he doesn’t let you touch anything»)? Joan Osbourne?

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(1) Rediffusions les 18 et 24 février prochains.

(2) La D-list n’existe pas dans l’échelle d’Ulmer. Elle a été inventée par la presse people pour désigner les individus dont le visage nous est familier, mais dont l’apport artistique quasi-sans importance.

(3) L’économie du star-system, Françoise Benhamou, éd. Odile Jacob, 2002

(4) Paf! Un article sur le droit à l’oubli des internautes lambda sur Internet, lemonde.fr, octobre 2010.

15:04 Publié dans Théorie de l'Internet | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

mardi, 15 février 2011

Emo Dad, un mème qui souffre

 

Mème, n.m. : Visuel ou expression qui tourne en boucle sur Internet pendant un certain laps de temps. Certains mèmes Internet ont une durée de vie de quelques semaines (Double Rainbow, Sad Keanu...), d'autres ont vocation à s'inscrire dans l'histoire du web 2.0 en devenant des classiques (Pedobear, Captain Obvious, Forever Alone...).

Le froid aidant, janvier et février sont les mois où les mèmes fleurissent le plus sur Internet. La semaine dernière, en plus du Bread Helmet Guy, d’Ariel la petite sirène et de « He/She’ll Never Get A Girlfriend/Boyfriend », nous avons assisté à la réapparition d’Emo Dad.

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Emo Dad est aux internautes ce que Candyman était aux marmots nés dans les années 80 : une figure de la pop culture qui se nourrit de nos supersititions et de nos peurs ancestrales. Car que pouvons nous craindre plus qu'un homme de 46 ans qui se teint les cheveux et affiche une mine cafardeuse ? Mieux vaut alors en rire. Emo Dad n’est pas un nouveau mème. Apparu à la fin de l’année 2009 sous le pseudo Diablo882 / CrisXcruX, il est débusqué par les derniers survivants de MySpace. A l’époque tout le monde souhaite oublier le site et ses photos de poseurs face au miroir, et Emo Dad passe relativement entre les mailles du filet.

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Sa popularité devient spectaculaire grâce à Reddit d’abord, puis via Tumblr. Emo Dad se donne bien trop de mal pour paraître cool, vend une image du quadra pathétique qui refuse de grandir (et visiblement en souffre), mais son mode de fonctionnement est une avancée historique: pour la première fois, nous pouvons voir à quoi ressembleront les emo d’aujourd’hui dans vingt ou vingt-cinq ans (d’autres y voient une prouesse scientifique puisque Justin Bieber pourrait ressembler à Emo Dad dans trente ans).

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L’intéressé ne s’est pas manifesté depuis le 11 janvier dernier. Son profil affiche toujours en exergue : «Ne me colle pas une putain d’étiquette» (Don’t fukn label me).

16:24 Publié dans Bases de la didactique du lol | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

jeudi, 10 février 2011

Le surréalisme LOL

Par tous les coyotes de l’Enfer! Peut-on être sérieux cinq minutes? Des gens sont morts pour qu’Internet puisse exister et certains y voient encore un repère de pédophiles (1), un média sans foi ni loi ou les honnêtes gens sont escroqués et les maisons de disques se font manger le foie, un stimulant pour pervers et une allée sombre où se retrouvent les adolescents perdus.

Tout ceci est bien évidemment vrai, mais pas seulement. Internet, c’est aussi un bordel vers lequel les artistes comiques convergent. Depuis quelques années, le surréalisme LOL, qui consiste en un détournement d’images, photos, gifs animés au nom de l’humour, est apparu dans le paysage numérique. Pourquoi André Breton serait fier de nous ?

I – Le surréalisme LOL, un mouvement insolent.

A- Un pied de nez à l’Art

Pour ceux qui préféraient aller jouer au babyfoot et descendre des pintes de picon plutôt que d’aller en cours de CE2, rappelons la définition donnée par André Breton dans son Manifeste du surréalisme en 1924 :

SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.

S’il s’agissait au départ d’un courant littéraire, le surréalisme a étendu son champs d'action, à partir des années 50, aux images visuelles. Et c’est là que ça devient intéressant pour nous.

 

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Un être hybride, façon Victor Brauner et son loup-table (1939-1947)

 

«Le surréalisme est le carrefour des enchantements du sommeil, de l’alcool, du tabac, de l’éther, de l’opium, de la cocaïne, de la morphine ; mais il est aussi le briseur de chaînes (…)» - J.-A. Boiffard, P. Eluard et R. Vitrac, Préface de la Révolution Surréaliste, n°1, 1er décembre 1924.

VOYEZ COMME C’EST INTERESSANT. Le surréalisme est une destruction de l’Art en tant que dogme, c’est la quintessence de la liberté, l’absurdité poussée à son paroxysme, la réfutation de l’Esthétique (le Vrai, le Beau, le Bien), un amusement sans fin et une source de plaisir avant tout. Un truc de beatniks avant l’heure, oserais-je dire. Cette libre-pensée artistique peut s’appréhender un peu partout sur le web : le site communautaire ytmnd, le très psychédélique Rathergood… Régulièrement et spontanément, des internautes transforment le sens d’une image pour la présenter sous un jour nouveau.

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René Magritte, surréaliste belge superstar, disait «tout tend à faire penser qu’il y a peu de relation entre un objet et ce qu’il représente». Le vieux grigou avait raison, à tel point qu’Internet a trouvé ses racines dans ce principe de non-sens. Que ce soit à travers les collages (façon Max Ernst) ou les jeux entre le visuel et le texte (façon Magritte), le surréalisme LOL envahit toutes les couches d’Internet. Même les plus sobres d’entre nous ont fini par laisser leur imagination débordante déborder, ouvrir leur esprit au monde de l’invisible. Le surréalisme est sorti des musées pour se propager dans nos câbles électriques.

B – Un pied de nez à la «vie réelle»

Si vous avez regardé TF1 ces cinq dernières années, vous savez à quel point la fuite de la réalité – symbolisée par tout ce qui implique un ECRAN - est une inquiétude majeure des gens nés avant 1960. Examinons ensemble l’œuvre «LIFE SUX».

 

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On peut voir, derrière les paillettes, l’absurdité de la vie «réelle». La vie réelle n’existe pas, elle n’est qu’un concept, au même titre que les termes «une histoire VRAIE» ou encore «avoir une vie». Mépriser ceux qui ne connaissent soi-disant pas «la vraie vie» est une erreur, puisqu’Internet fait partie de la vie.

Mais est-ce parce que les œuvres de non-sens pullulent sur Internet qu’il faut y voir un mouvement anti-intellectuel?

II – Le surréalisme LOL, ou comment le lulz peut avoir un dessein caché

Sartre a dit : «Quoiqu’elle s’oppose à l’idée claire, l’image garde ceci de commun avec elle qu’elle est aussi une idée» (L’Imagination, éd. P.U.F.). Comme j’applaudis cette affirmation des deux fesses, nous allons tenter de retrouver, dans la 2nde partie, la pensée de ce «monde de faits-images».

A – Les surréalistes LOL, partie de l’opposition

1) Résistance face aux internautes pragmatiques

Le principal problème du surréalisme LOL, c’est que s’il fait vibrer la glotte de certains entre deux mails, d’autres, ravagés par le premier degré et le pragmatisme, ont tendance à déféquer sur le mouvement. Car «il n’y a pas chose plus immorale que la perte de temps : tout homme représente une énergie et toute énergie une possibilité prévue de rendement» (Benjamin Fondane, Faux traité d’esthétique, p 122). Pour beaucoup l’humour et la dérision sont absolues : s’ils ne comprennent pas une blague, c’est que ce n’est pas de l’humour. Le rire est pourtant une chose personnelle, résultant d’une certaine connivence entre l’auteur d’une œuvre surréaliste LOL et l’internaute. Prenons ce poulet par exemple.

 

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Au départ, c’était quoi? Un poulet sur une platine vinyle? Un poulet sur une toupie électrique? Un poulet possédé? Ce poulet est, au départ, un fragment de la réalité. Et puis, paf! Quelqu’un ajoute un fond disco et un texte punk «I REGRET NOTHING», et la réalité semble altérée, les perspectives sont chamboulées, et vous ressentez ce que vous avez ressenti à la fin de Fight Club quand vous vous êtes dit «c’est CA qu’il faudrait que je fasse». Vous voudriez être ce poulet, et n'avoir aucun regret.

2) Résistance face à la vie en générale

Le surréalisme LOL flirte avec le rêve, mais surtout la folie. Quantité d’œuvres 2.0 peuvent se rapprocher de la méthode paranoïa-critique de Dali. C’est notamment le cas de la subdivision des «Fuck You»(2).

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Les images surréalistes LOL ne feraient-elles pas, quelque part, rire jaune? Le fait est que peu importe notre âge et la catégorie socio-professionnelle à laquelle nous appartenons, quelque chose vous emmerdera toujours profondément. C’est une sensation universelle, et tout le monde en a conscience. Ces images visuellement LOL répondent à nos conflits intérieurs. Le texte a, quant à lui, été pioché dans l’inconscient d’un autre individu en proie à ses soucis. Rire face aux œuvres surréalistes LOL, c’est rire de nous, et rire de la catin que peut être la vie.

B – Le surréalisme LOL comme réappropriation de l’Internet

Face à nos deux principaux ennemis susmentionnés, le surréalisme LOL peut être perçu comme moyen de se réapproprier Internet. Car qu’est-ce qu’Internet depuis le début, sinon une source infinie d’absurdité, un espace de liberté, un endroit où l’insolite et les enfantillages peuvent s’exprimer sans crainte ? Le surréalisme LOL est, en jouant avec les images et les mots, une façon de décrire Internet dans son intégralité. C’est l’Internet tel qu’on aimerait qu’il soit: une autre réalité. Internet n’a parfois pas de sens, pas d’utilité, et qui s’en préoccupe?

Les membres du surréalisme LOL créent des œuvres surnaturelles parce qu’Internet ne doit jamais être vide sinon vide de sens. Ces créations restent entièrement gratuites, et n’ont d’autre finalité que celle de provoquer un effet comique, d’amuser le spectateur.

Pour conclure, je citerais Francis Picabia sur le sujet: "Et puis j'en ai assez, ceux qui ne comprennent pas ne comprendront jamais et ceux qui comprennent puisqu'il faut comprendre, n'ont pas besoin de moi".

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(1) A ce sujet, vous pouvez lire cet article intéressant sur la nouvelle loi Loppsi et la censure sur Internet.

(2) Fuck You I'm An Anteater (= Va te Faire Foutre, Je Suis Un Fourmilier en français).

15:02 Publié dans Théorie de l'Internet | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook

mardi, 08 février 2011

Le militant au casque de pain, un mème révolutionnaire

Si la plupart des mèmes trouvent leur source dans la pop culture avant d'être traités dans les médias, l'inverse pourrait bien arriver plus régulièrement qu'avant. En effet, une sous-catégorie mèmesque commence à s'imposer sur Internet: les mèmes dénichés dans les journaux. Ainsi, Ice Cream Guy, alias Zach Burroughs l'homme qui était parti chercher une glace pendant la tempête de neige, était d'abord en Une du Washington Post du 27 janvier avant de devenir mème - et de voir LCI lui consacrer un sujet :

 

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Depuis quelques jours, c'est Bread Helmet Guy, un militant qui s'est entouré la tête de pains et de cellophane, qui est devenu la superstar du moment. Son visage a servi à illustrer les révoltes qui ont lieu en ce moment en Egypte, où de nombreux manifestants se sont fabriqués des casques de fortune pour se protéger contre les pierres et autres projectiles (voir le diaporama sur le site britannique du Guardian). Mais est-il seulement Egyptien ? Réponse après la compilation des oeuvres d'art dédiées à Bread Helmet Guy - qui semble avoir été vu pour la première fois sur le site du DailyMail. :

 

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L'originale

 

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"Nous devons récupérer le blé"

 

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Bread Helmet Guy likes to party

 

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Bread Helmet Guy se demande ce que c'est que ce bordel, putain.

 

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Bread Helmet Guy veut un sandwich subway grand comme ça.

 

 

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Hey Mubarak, casse-toi d'ici (1)

 

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Bread Helmet Guy dans 300.

 

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"J'ai un chapeau de pain - Ton gouvernement est invalide"

Lorsque des chercheurs de l'Internet ont tenté de retrouver la trace de ce mème révolutionnaire, ils ont néanmoins fait une découverte importante: Bread Helmet Guy ne serait pas Egyptien, mais Yéménite. Preuve en est cette image publiée sur le site TheBlaze, où on peut le reconnaître sans trop difficulté (même tee-shirt, même rage, même casque-sandwich)(et aussi, le drapeau du Yémen à l'arrière-plan, qui ressemble beaucoup au drapeau de l'Egypte d'ailleurs).

Il ne faut sûrement plus que quelques jours avant que sa véritable identité ne soit dévoilée. Patience.

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(1) Get the fuck out = "casse-toi de là", en anglais, d'où le jeu de mots avec "ba-guette" - via le tumblr LouiseTheBandito

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vendredi, 04 février 2011

La journée nationale du 1er degré sur Internet

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Pour plus d'informations, merci de vous rendre sur ce groupe Facebook.

Vous pouvez également consulter ce vieux polycopié de 2008.

Conduisez prudemment, n'abusez pas de la charcuterie ni des pétards, & à la semaine prochaine !

10:03 Publié dans Bases de la didactique du lol | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

mardi, 01 février 2011

IRC est mort, vive IRC !

Dans les années 90, on a cru que seuls les glandeurs en pyjama, les déserteurs de l’hygiène corporelle et les gens très laids bénissaient IRC, programme leur permettant enfin d’avoir une vie sociale sans jamais sortir de chez eux. Deux décennies plus tard, IRC pourrait pourtant (re)devenir the next big thing. Un retour aux sources est-il envisageable ?

Section 1 : IRC, une référence dans l’Internet Médiéval.

gangsta.jpg1.1. – Historique

Eté 1988. Jarkko Oikarinen, étudiant finlandais, s’ennuie comme une taupe atteinte de Xeroderma Pigmentosum au fin fond du Département Informatique de l’Université de Oulu. Il décide d’améliorer un programme de chat déjà existant, MUT (MultiUser Task), et lance le premier serveur IRC à la fin du mois d’août. Un an plus tard, IRC compte déjà 40 serveurs. Il y en aurait aujourd’hui plus de 1500. mIRC, le célèbre logiciel client créé pour faciliter la connexion aux serveurs, a quant à lui été lancé par Khaled Mardam-Bey en 1994. A partir de là, de nombreux spécialistes considèrent que l’on entre dans l’âge d’or d’IRC.

Les autres détails techniques n’intéresseront probablement pas tout le monde, je renvoie donc aux notes de bas de page si vous souhaitez approfondir le sujet (1) (2).

IRC a été à la base de la diffusion à grande échelle des séries télés (et surtout des fansubs), avant même les débuts du p2p. C’est également sur IRC que sont nés les fameux salons de discussions privés et ultra secrets où les hackers se retrouvaient. Autrement dit, il s’agissait d’une zone de non-droit où les gens avaient la liberté d’un Hell’s Angel sous caféine, une sorte de cave underground où la révolution se préparait.

evolution.jpg1.2. – Le déclin d’IRC

Le multi-user chat fut avant tout victime de sa propre flexibilité : sans utilisation définie, ni serveur ou même logiciel client unique, et sans fonction « recherche d’un ami », IRC a perdu la plupart des internautes lambda à qui on avait vendu Internet comme un outil pratique et utile. Parler à des inconnus, pourquoi faire ? Même Chatroulette, avec sa multitude de tétons et de pénis d’inconnus, a fini dans les méandres de l’Internet Mondial passé l’effet de mode. De la même façon que personne n’aime arriver à une soirée où tout le monde se connaît et est bourré comme un coing, passé 2002, aucun nouvel abonné n’a jugé bon de se mettre à IRC. Souscrire à un FAI apparaissait surtout comme un moyen de retrouver ses anciens copains de classe ou de communiquer avec ses amis « de la vraie vie » (IRL, pour les puristes)

Rester connecté un peu trop longtemps est encore susceptible de vous classer dans la catégorie «nolife» (nous y reviendrons au cours du semestre).

La popularité d’IRC a donc largement décliné au profit de messageries instantanées. Car aussi mignon que puisse être un ASCII-art, rien ne sera jamais plus mignon qu’une énorme bouche qui grandit en un clin d’œil pour vous embrasser virtuellement. N’importe quel autre chat (ICQ, Caramail, MSN, AIM, Facebook, Gtalk…) s’est de suite caractérisé par son accessibilité. Avec son apparence austère (des fenêtres difficilement personnalisables, une police par défaut étrange sur mIRC - « Fixedsys » -, un fonctionnement peu intuitif…), IRC n’a pu rivaliser. Twitter, quant à lui, a pris le relai des messageries instantanées, rendant les échanges moins insouciants et plus réfléchis, car plus visibles.

Résultat : seuls les internautes hardcore – souvent informaticiens d’ailleurs - semblent avoir fait de la résistance. Peu importe le serveur où l’on se trouve, les pseudos présents sur les channels se comptent parfois sur les doigts d’une main.

online_communities_small.pngSection 2 : IRC, une valeur sûre

2.1. Un lubrifiant social

Combien d’amitiés éthyliques et de relations sexuelles sont nées grâce à IRC? Meetic n’a rien inventé, sinon un nom déprimant comme une météo de février. En ce sens, et parce que le chat existe toujours 20 ans après, ses chances de devenir intemporel sont plus importantes que celles de n’importe quel autre chat. IRC était le PMU de l’Internet où on s’amusait à échanger des liens et des fichiers et à discuter de tout et de rien: pas besoin d’invitation, ni d’adresse mail, tout le monde y était le bienvenu tant qu’on se tenait bien (4) et qu’on ne posait pas en défenseur pisse-froid de la netiquette.

Des communautés finirent par se créer, on se balança des potins (« tu savais que rage33 avait un anus artificiel ?») dans les fenêtres privées… On pouvait communiquer en direct et sans restriction. Car si Twitter a supplanté IRC, on en a vite vu les limites (140 caractères maximum, profils privés, flood dans la timeline, messages privés qui ne s’affichent pas etc.)

2.2. Un outil anarchiste

Si Internet fut une révolution en soi, c’est parce qu’il reposait sur des principes anarchistes: pas de système hiérarchique, donc pas d’autorité ni de domination, et un recours à l’autogestion. IRC en est le symbole : l’anonymat pouvait y être total (un pseudo, pas de profil, pas de bio pompeuse ni de lien vers linkedin), et il n’y avait aucune course à la popularité (pas de nombre d’amis / followers, pas de stats). Aucune micro-célébrité mais à peine quelques OP, ancêtres des modos sur les forums. Tout le monde était sur un pied d’égalité, en somme.

Alors non seulement un retour aux basiques et donc à IRC est envisageable, mais il peut être chaudement recommandé. Pas pour son côté old-school, mais bien parce qu’il nous rappelle que nous avons le pouvoir.

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(1) Histoire d'IRC, par Daniel Stenberg.

(2) Internet Relay Chat, commandes et définition sur Wikipedia.

(3) Online communities map, sur xkcd.

(4) Netiquette guidelines, octobre 1995.

18:28 Publié dans Internet Médiéval (1992-1999) | Lien permanent | Commentaires (53) | |  Facebook

 
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